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Solidarité avec les 6 de Belgrade à La Chapelle

mardi 1er décembre 2009, par AnarSonore


Le 4 Septembre dernier et dans les jours qui ont suivis, 6 membres et sympathisant de la section serbe de l’Association Internationale des Travailleurs, l’ASI-AIT (Initiative anarchosyndicaliste) ont été emmenés de force pour être interrogé par la police, ils ont été arrêtés, accusés d’être impliqués dans une dégradation de la façade de l’ambassade de Grèce à Belgrade 10 jours auparavant, le 25 Août.

Les dommages sont négligeables : une fissure dans une fenêtre, une petite marque de brûlure et un A cerclé sur sur la façade de l’ambassade. L’acte a été revendiqué par un groupe anarchiste "Soleil noir", acte de solidarité symbolique avec l’anarchiste grec Theodoros Iliopoulos alors en grève de la faim et incarcéré depuis les luttes à Athènes en décembre de l’année dernière suite à l’assassinat d’Alexandros Grigoropoulos abattu par un policier.

Mais, immédiatement, la police serbe a utilisé les médias pour démarrer une campagne contre les anarchosyndicalistes, bien qu’un des accusés ait clairement et publiquement déclaré qu’il ne savait rien de cette action. En effet, nos compagnons ont appris par les médias l’attaque contre l’ambassade de Grèce et l’existence du groupe qui l’a revendiquée. Ces moyens de lutte politique individualiste ne sont pas ceux de nos compagnons, au contraire ils affirment publiquement leurs positions politiques et cherchent a favoriser un mouvement ouvrier auto-organisé.

Ils ont été amenés devant le procureur. Ils ont été mis au secret pour interrogatoire pendant 1 mois dans un premier temps ... Le parquet a légitimé cela au nom de la "possibilité d’influencer les témoins". Dans les médias serbes circule la rumeur de "terrorisme international". Et le procureur imagine effectivement cela comme un acte de « terrorisme international » et souhaite faire payer nos compagnons. Ils peuvent être à ce titre condamnés jusqu’à 15 ans de prison.

On peut remarquer les procédures peu scrupuleuses des institutions judiciaires du régime serbe, et ce, dés les premiers moments de la détention : perquisitions illégales des appartements, intimidation des familles et accusations disproportionnées de terrorisme international.

Bien que nos compagnons ne soutiennent pas l’action de ce groupe anarchiste inconnu, on ne peut pas caractériser cet acte de "terrorisme international" puisque le terrorisme, par définition, c’est une menace contre la vie de civils, alors que dans le cas présent personne n’a été blessé et que les dégâts matériels furent tout au plus symboliques. Il est clair que cette farce de l’Etat Serbe est un moyen d’intimider ceux qui dénoncent l’injustice et le désespoir de cette société.

En ces temps de régression social, des individus font le choix d’actions incroyables, quelquefois autodestructrices, pour rompre le silence médiatique et attirer l’attention sur leurs demandes (souvenons-nous de ces travailleurs qui se sont coupés les doigts avant de les manger, ou encore de cet homme désespéré qui a menacé de faire exploser une grenade dans l’édifice de la Présidence Serbe), cela pour que leurs problèmes soient connus plus largement .

Nous ne laisserons pas convaincre qu’un tel acte symbolique de solidarité, bien qu’exprimé de façon maladroite et confuse, puisqu’il prête rapidement le flanc aux constructions policières, puisse être considéré comme un acte antisocial ou terroriste, cela comme n’importe quel acte de révolte de ceux qui sont dépossédés de leurs droits.

Il y a aussi double discours et disproportion inversée entre la qualification juridique et les faits incriminés, si on fait référence à la manifestation du 21 février 2008, après la déclaration d’indépendance du Kosovo. L’ambassade des Etats-Unis à Belgrade avait alors été gravement endommagée par un incendie tuant une personne. Or personne n’a été accusé de crime sérieux dans ce cas-là. Et que dire alors de la responsabilité des nationalistes qui ont commis des génocides et des crimes de guerre ?

Avec les efforts politiques de l’actuel gouvernement afin d’améliorer ses scores dans l’électorat nationaliste tout ceci a évidemment l’effet de favoriser et renforcer les tendances chauvines et d’extrême droite de la société serbe.

Le gouvernement de Serbie a décidé de continuer sa lutte contre ceux qui démasquent son caractère anti-ouvrier, ceux qui sans compromis se lèvent contre les attaques des magnats de la finance et contre l’Etat qui essaie d’écraser la vie humaine et la dignité. Ils s’en prennent à ceux qui osent remettre en question leur pouvoir absolu.

En servant le capitalisme, l’Etat est prêt à aller aussi loin qu’il faudra pour détruire le travail d’auto-organisation des travailleurs, en utilisant les arrestations arbitraires et les condamnations, en menaçant les droits basiques humains comme ceux des travailleurs.

En harcelant la population qui essaie de lutter pour améliorer ses conditions de vie et de travail, et en faisant démonstration de sa force brutale sur les jeunes en colères, les gens au pouvoir nous donnent une claire indication sur un Etat encore plus répressif que nos compagnons ressentent aujourd’hui concrètement dans leurs os.

Depuis la création de l’organisation anarchosyndicaliste au début des années 2000, ses membres ont déjà fait l’objet à de nombreuses reprises d’arrestations, de tortures et d’interrogatoires dans les cachots puants de la police secrète serbe.

Depuis 2 ans la répression se faisait plus insidieuse, des officiers de l’agence de sécurité et d’information (BIA, services secrets serbes) exerçaient une intense pression sur les membres du groupe anarchosyndicaliste local de Kragujevac. En plus des militants, leurs familles étaient également ciblées par la police : les agents venaient donner des preuves de la surveillance dont font l’objet les membres du groupe à leurs proches, assorties de menaces de nouvelles arrestations. La police cherche ainsi à casser les reins de l’anarchosyndicalisme qui, du fait de sa grande radicalité, est une épine dans le pieds des dirigeants locaux.

Cela fait partie d’une série d’autres attaques répressives de l’Etat Serbe contre les membres de l’ASI-AIT, qui ont été soumis aux constantes menaces de la police et de la prison. En particulier contre Rata qui est devenu populaire en Serbie, après son arrestation en Mai dernier, lors d’une action symbolique contre la visite de Josep Biden Vice President des Etats-Unis. Après une déclaration sur la place publique, il a brûlé un drapeau américain, il a immédiatement été arrêté, avec le réalisateur indépendant Zelimir Zilnic qui était en train de le filmer, et condamné à 10 jours de prisons.

L’Etat veut faire taire leurs critiques avec ses moyens de répression, il le fait avec sa logique absurde, en déclarant suspects ceux qui expriment publiquement leurs vues anarchistes et conclue l’affaire en les enfermant pour accréditer une image, dans l’opinion publique, de violence qui serait intimement liée aux idées révolutionnaires. Ceci, bien sûr, afin de faire rejeter par la population le militant anarchiste du pré carré de la lutte politique, en le cantonnant à un rôle d’assassin potentiellement dangereux.

Ces nouvelles tentatives d’intimidations sur les anarchosyndicalistes s’exercent dans un contexte d’une augmentation générale de la brutalité du système, qui peut se sentir dans tous les segments de la société. Après l’assassinat en tout impunité par un policier d’un manifestant du Parti radical serbe, la police a commencé à réprimer impitoyablement tous ceux qui ne marchent pas silencieusement sur le chemin de la globalisation économique.

Sous prétexte de la « lutte contre l’extrémisme », ceux qui exercent leur pouvoir augmentent leur pression sur la population et mettent en place les outils d’une répression toujours plus brutale.

Après 1 mois d’enfermement, les accusations portées contre les 6 de Belgrade (et leur qualification juridique) ont été maintenues. Aujourd’hui, 3 mois après, ils sont toujours détenus, à ce que nous en savons pour l’heure, dans un lieu tenu rigoureusement secret.

Leur délit est le même que celui de nombreux anarchosyndicalistes et anarchistes dans le monde qui désirent instaurer une société de liberté et de justice sociale. Leur délit est de s’organiser pour de meilleures conditions de vie digne de travailleurs émancipés. Leur délit est, en fin de compte, de vouloir s’affranchir de tous les parasites qui vivent du sang de la population laborieuse.

Assez de répression contre les militants anarchosyndicalistes !

Assez de violences policières et nationalistes envers les populations !

Le nationalisme serbe, Brice Taton, supporter du Toulouse Football Club, l’a rencontré de plein fouet. Il a été assassiné alors qu’il allait tout simplement voir jouer son équipe à Belgrade. Il a payé de sa vie sa rencontre avec le nationalisme. Entre la répression des appareils d’Etat et celle des sbires nationalistes qui servent cet Etat, il n’y a aucune différence. L’origine est toujours la même : ce que subissent les 6 de Belgrade et l’assassinat de Brice Taton découlent de l’activité et de l’influence de la même idéologie criminelle.

Comment soutenir ?

En envoyant (et en incitant à envoyer) un courrier électronique de protestation au gouvernement serbe à l’aide du formulaire sur le site de soutien http://asi.zsp.net.pl ou par courrier postal à l’ambassade serbe et aux missions diplomatiques.

En relayant la campagne de solidarité dans vos réseaux.

En traduisant les informations internationales de la campagne de solidarité, notamment des sites http://asi.zsp.net.pl et http://asisolidarity.squat.gr

En participant à la caisse de solidarité, face aux frais de défense à venir : Chèques à l’ordre de CNT-AIT, mention "solidarité ASI-AIT" au dos, à envoyer à :

CNT-AIT
108 rue Damrémont
75018 PARIS

Voir en ligne : La Chapelle

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