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"Identités nationales ou régionales"

Nous n’avons pas de racines, nous avons un cerveau

dimanche 31 janvier 2010, par AnarSonore


Beaumarchais le faisait dire à son Figaro de la calomnie. Aujourd’hui, il pourrait le lui faire chanter du nationalisme et de la xénophobie. C’est "D’abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l’orage", oh ! rien, trois fois rien, juste une chanson nostalgique qui parle de "son" peuple et de sa splendeur passée, une poésie rustique, à peine de la littérature, puis "pianissimo cela murmure et file" et émerge alors tout doucettement une revendication culturelle, rien de bien méchant non plus, juste une défense (contre qui ?) de ses habitudes, de sa langue. "Telle bouche le recueille, et piano, piano vous le glisse en l’oreille adroitement." Petit à petit, ce n’est plus de culture dont il est question, mais d’identité et cette identité, votre identité on ne va pas tarder à lui découvrir un ennemi : l’autre, l’étranger, celui qui n’a pas les mêmes "racines". Là, "Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine," Chacun s’en empare : le gouvernement y va de son débat sur l’identité nationale, tel groupe religieux appelle au regroupement identitaire des croyants, tel mouvement régionaliste tente d’imposer sa langue à tous en appelant au travail de lobby la minorité qui se reconnait dans cette nouvelle identité. Tout est prêt. Et, "tout à coup, on ne sait comment vous voyez" le nationalisme "se dresser, siffler, s’enfler, grandir à vue d’œil" il "s’élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraine, éclate et tonne, et devient grâce au Ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription", une ambiance de guerre civile.

Un ami qui fut étiqueté Yougoslave à la naissance (il n’avait rien demandé) et qui vécu dans la Yougoslavie "d’avant", c’est-à-dire dans celle d’avant la guerre civile et des crimes massifs contre l’humanité, me le disait récemment : cet air de la calomnie, ou plutôt cet air du racisme et du nationalisme, il l’a déjà entendu, là-bas. Aujourd’hui il a l’impression de recommencer à entendre le même, mais ici. Avant de balayer d’un revers de main cette réflexion en disant "Nous, nous ne sommes tout de même pas des sauvages", rappelez-vous simplement l’Algérie... pour ne pas remonter plus avant dans l’Histoire. Aucun "peuple", aucune "nation", aucune "culture", aucune "religion" n’est immunisé contre le crime collectif. Les "vôtres" — si vous vous sentez un peuple, une nation, une culture, une religion — pas plus que les autres. Dès lors que vous vous sentez des "racines", le danger est en marche. Nous, nous n’avons pas de racines, nous avons un cerveau, ça fait toute la différence et ça nous unit à tous ceux qui, dans le monde, refusent une vie végétative et aspirent à la dignité d’Êtres Humains.

X.F.

Article d’Anarchosyndicalisme ! n°116 — février - mars 2010

P.-S.

Illustration sonore : John Zorn, The Ballad of Hank McCain (instrumental), The Big Gundown : 15th Anniversary Edition (2000)

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