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La chute d’un dictateur

dimanche 6 mars 2011, par AnarSonore


15 janvier 2011. Ben Ali est tombé depuis quelques heures ! Dans cette chute, il y a le commencement d’une histoire, celle d’un monde qui s’achève. Ce commencement il fallait le signifier, il fallait le dire, le marquer comme on marque un chemin, celui de la Liberté. Qui mieux que l’AIT, qui porte dans sa mémoire l’expérience des combats de la Commune de Paris et ceux des rues de Barcelone, pouvait avoir la présence d’esprit de le faire aussi clairement et aussi vite ? Oui, oui, le Peuple est debout, et il n’est pas prêt de se recoucher !

L’Histoire doit aimer les clins d’oeils : ce jour-là, les syndicats de la CNT-AIT étaient réunis à Toulouse pour leur Congrès. En quelques minutes sur un bout de table, avant l’ouverture des travaux, un communiqué est collectivement rédigé par les délégués. Il est à peine 11 heures  : « L’action de la population tunisienne est un signal fort dans la lutte mondiale contre le capitalisme et l’Etat… ». Voilà, c’est cela, c’est cela qu’il faut dire.

Un compagnon me tend un mégaphone. Il n’est pas encore midi et nous faisons déjà face au consulat tunisien, sur les allées Jean Jaurès. Devant nous, deux cent Tunisiens, avec leurs drapeaux, derrière nous, toute la clique habituelle des politiciens locaux. Tant pis, en ce jour il faut que la parole révolutionnaire prenne toute sa place. On commence… « Le consulat tunisien appartient aux Tunisiens » la foule se tait, attentive à la suite, les gendarmes reculent, leur chef appelle du renfort, « Le consulat appartient au peuple parce que, sans aucun parti,sans aucun syndicat, le peuple en Tunisie, par lui-même a réussi à faire tomber le dictateur Ben Ali. C’est la victoire du peuple et il peut en être fier, car son action, l’action de la population tunisienne, est un exemple pour le monde entier. Il ne faut pas qu’elle se fasse voler sa victoire. Partout dans les quartiers, dans les entreprises il faut s’organiser en comités, prendre les choses en main ». Un autre compagnon prend la parole, il est exalté « En Tunisie c’est la révolution, c’est la révolution qui a commencé, c’est la révolution du Peuple, pour la Liberté, pour la Justice sociale. Il ne faut pas que les partis, les religions, les médias, nous divisent, la récupèrent. Il faut se méfier de tous ces gens ». Les applaudissements fusent. Autour de nous l’atmosphère est montée d’un cran. L’ambiance est devenue survoltée. « Oui, oui, crie-t-on de partout, c’est la révolution pour et par le Peuple et ici aussi il faut prendre la parole ». Très rapidement, ce n’est plus notre petit mégaphone qui passe de main en main, mais le camion sono de la FSU qui est pris par les manifestants comme une tribune, pour que tout le monde puisse s’exprimer. Dépités et voyant qu’ils sont débordés les politicosyndicalistes finissent par abandonner le navire et celui-ci ne s’en porte que mieux. Alors que politiciens et syndicalistes annoncent la fin la manifestation, c’est justement le moment que choisissent les présents pour former un cortége qui se dirige vers le Capitole. Une assemblée populaire s’y organise, intense, émouvante. Deux ou trois cent personnes vont, jusqu’à 17 heures parler et chanter, puis revenir en manifestation devant le consulat pour des dernières prises de parole… Bien des Tunisiens qui nous entouraient et avec qui nous avons vécu ces heures formidables étaient originaires de Kasserine, une des premières villes à s’être révoltées. Lorsque nous nous sommes dit au revoir, l’un d’entre eux n’a plus pu retenir ses larmes : il pleurait son frère qui venait de trouver la mort dans ce combat quelques jours avant. Rendons lui hommage en continuant, ici et ailleurs, la lutte pour laquelle il a donné sa vie.

Edito d’Anarchosyndicalisme ! n°122 Mars-Avril 2011

Anarchosyndicalisme ! n°122 Mars-Avril 2011

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